Arrimage des marchandises : les règles du transporteur

L’arrimage des marchandises consiste à bloquer, plaquer ou attacher chaque colis pour qu’il ne glisse, ne bascule ni ne roule pendant le trajet. Le code de la route l’exige, le contrat type général répartit le travail entre chargeur et transporteur selon le poids de l’envoi, et la norme EN 12195-1 fixe les efforts à retenir.
Arrimage des marchandises : ce que la loi impose
L’article R312-19 du code de la route pose le principe : « Toutes précautions utiles doivent être prises pour que le chargement d’un véhicule ne puisse être une cause de dommage ou de danger. » Le texte ne prescrit aucune technique. Il fixe un objectif : rien ne tombe, rien ne déborde, rien ne traîne.
Deux précisions suivent dans le même article :
- tout chargement qui déborde, ou peut déborder du fait des oscillations, doit être solidement amarré, et les pièces longues amarrées entre elles et au véhicule ;
- chaînes, bâches et accessoires mobiles se fixent sans jamais sortir du contour du chargement ni traîner au sol.
Le code du travail complète ce socle, comme le rappelle l’INRS dans sa brochure ED 6145 de décembre 2016, consacrée à l’arrimage des marchandises sur la route. L’employeur forme le conducteur à un arrimage en sécurité, en complément de sa FIMO ou de sa FCO. Un chargement ou un déchargement chez un tiers suppose un protocole de sécurité écrit entre l’entreprise d’accueil et le transporteur, avec des indications sur l’arrimage.
Les marchandises dangereuses relèvent en plus de l’ADR, qui rend leur arrimage obligatoire.
Chargeur, transporteur, conducteur : qui arrime quoi ?
Sans contrat écrit contraire, la répartition des tâches vient du contrat type général annexé au code des transports. L’INRS en reproduit l’article 7, et l’OPPBTP, l’organisme de prévention du bâtiment, en résume la règle dans une fiche mise à jour en décembre 2025. Tout dépend du poids de l’envoi.
Envoi de moins de 3 tonnes
Le transporteur exécute lui-même le chargement, le calage et l’arrimage, sous sa responsabilité. C’est le quotidien de la messagerie et des tournées en porteur.
Envoi de 3 tonnes et plus
Ces opérations passent au donneur d’ordre ou à son représentant, sous sa responsabilité. Le transporteur conserve deux missions :
- fournir les indications utiles à une répartition équilibrée, pour la stabilité du véhicule et le respect de la charge maximale par essieu ;
- vérifier que le chargement, le calage et l’arrimage ne compromettent pas la sécurité de la circulation, et sinon demander qu’ils soient refaits.
Le cariste de l’expéditeur charge, mais le conducteur garde un droit de regard avant de quitter le quai. Un défaut apparent qui menace la marchandise se consigne dans les réserves portées sur la lettre de voiture, avant la signature.
Objets indivisibles et véhicules roulants
Deux contrats types spécifiques changent la donne : pour les objets indivisibles, le donneur d’ordre charge, cale et arrime quel que soit le poids, et le transporteur peut refuser la prise en charge si le travail n’est pas repris. Pour les véhicules roulants, le transporteur exécute ces opérations et en assume la responsabilité. Les convois hors gabarit suivent en plus les règles du transport exceptionnel et de ses autorisations.
Le conducteur, dernier contrôleur
L’INRS le souligne : le conducteur ne réalise pas forcément l’arrimage et ne peut être tenu en toutes circonstances pour seul responsable du chargement. Il veille en revanche à l’application des consignes reçues, et c’est lui qui roule avec. Faites-lui reprendre l’inspection extérieure avant chaque départ.
Freinage, virage, cahots : les efforts à encaisser
La norme européenne EN 12195-1 sert de référence de calcul à la brochure de l’INRS comme au code de bonnes pratiques publié en 2014 par l’IRU, l’Union internationale des transports routiers. Selon l’OPPBTP et l’INRS, elle retient pour l’arrimage du chargement :
- vers l’avant, au freinage : jusqu’à 0,8 fois le poids de la charge ;
- vers l’arrière et sur les côtés : jusqu’à 0,5 fois ce poids ;
- à la verticale : les cahots de la route, qui allègent par instants l’appui sur le plancher.
Une palette de 1 000 kg pousse donc vers l’avant avec un effort équivalent à 800 kg lors d’un freinage d’urgence. Le frottement en retient une part, fixée par le coefficient entre la charge et le plancher. L’INRS reprend les valeurs de la norme : 0,45 pour du bois scié sur contreplaqué, 0,6 sur un tapis antidérapant en caoutchouc, pour des surfaces propres, sans huile, givre ni graisse.
Bloquer contre la structure
Le blocage appuie la marchandise contre le tablier, les parois ou des butées : le code de l’IRU en fait la méthode à privilégier. Une marchandise compte comme calée quand le vide total, en long comme en travers, reste sous 15 cm, la hauteur d’une palette standard.
Plaquer la charge par friction
Une sangle passée par-dessus la charge l’écrase sur le plancher : c’est l’arrimage par plaquage, dit aussi arrimage couvrant. Sa force vient de la tension de pose, d’où l’importance de la valeur STF. L’OPPBTP conseille de resserrer en cours de route, même sur un trajet court.
Attacher directement
L’arrimage direct relie la charge aux anneaux ou aux rails du véhicule et fait travailler la sangle jusqu’à sa capacité. L’IRU réserve les chaînes aux charges lourdes ou à arêtes tranchantes : machines, acier, béton.

Sangles et cliquets : lire l’étiquette avant de tendre
Une sangle d’arrimage conforme à la norme EN 12195-2 porte une étiquette d’identification. Trois valeurs y comptent :
- LC, la capacité d’arrimage en décanewtons, soit l’effort direct maximal que la sangle supporte en service ;
- SHF, la force manuelle standard sur le cliquet, fixée à 50 daN ;
- STF, la tension obtenue avec cette force manuelle, décisive en arrimage par plaquage.
Sur les poids lourds, la sangle courante est en polyester, large de 50 mm, avec une capacité d’arrimage de 1 600 daN, d’après l’IRU. Pour un arrimage couvrant, le même code exige du tendeur à cliquet une prétension d’au moins 10 % de la LC sous 50 daN de force manuelle, sans dépasser 50 % de la LC. Le polyamide, lui, peut perdre jusqu’à 15 % de sa résistance une fois mouillé, toujours selon l’IRU. Protégez chaque sangle des arêtes vives par une cornière.
Quand retirer une sangle du service
L’INRS liste les signes qui imposent la réforme :
- une coupure transversale ou longitudinale, ou des lisières entaillées ou échauffées ;
- des coutures ou des boucles coupées ;
- une déformation locale, distincte de l’usure générale ;
- des fibres d’aspect satiné, signe de chaleur ou de friction ;
- une attaque chimique qui ramollit ou écaille la matière ;
- un nœud dans la sangle ;
- une étiquette d’identification absente.
Côté cliquet, un mécanisme grippé, un point dur à la tension ou un filetage déformé suffisent à l’écarter. Un crochet privé de son linguet de sécurité, ou dont le bec s’est ouvert de plus de 10 %, part aussi au rebut.

Points d’arrimage et carrosserie : la résistance du véhicule
Une sangle ne vaut que par son ancrage. Sur un plateau, les points d’arrimage se disposent par paires, face à face le long des bords, espacés de 0,7 à 1,2 m et à 25 cm au plus du bord extérieur, selon le code de l’IRU. La norme EN 12640 fixe leur résistance minimale d’après le poids total du véhicule :
| Poids total du véhicule | Résistance minimale d’un point d’arrimage |
|---|---|
| De 3,5 à 7,5 t | 800 daN |
| De 7,5 à 12 t | 1 000 daN |
| Plus de 12 t | 2 000 daN, 4 000 daN recommandés par l’IRU |
La carrosserie retient aussi la charge, à condition d’être certifiée. La norme EN 12642 distingue deux niveaux, que l’IRU détaille ainsi :
| Élément | Caisse EN 12642 L | Caisse EN 12642 XL |
|---|---|---|
| Parois latérales | 30 % de la charge utile en caisson, rideaux réduits à une protection contre les intempéries | 40 % de la charge utile |
| Tablier avant | 40 % de la charge utile, 5 t au plus | 50 % de la charge utile |
| Paroi arrière | 25 % de la charge utile, 3,1 t au plus | 30 % de la charge utile |
Conséquence directe sur une semi-remorque à rideaux de niveau L : le rideau ne retient rien, les sangles tiennent seules la charge sur les côtés. Sur une caisse XL, les parois participent au blocage si le nombre de lattes indiqué par le certificat d’essai est posé ; l’INRS recommande de privilégier ces carrosseries.
Calage et répartition des charges sur le plancher
Selon l’INRS, un chargement mal réparti peut renverser le véhicule en courbe, surcharger un essieu, abîmer suspension et pneumatiques, et dégrader le freinage jusqu’à la mise en portefeuille.
Les règles de répartition des charges que donne la brochure ED 6145 :
- étaler les charges sur tout le plateau, centre de gravité le plus bas possible ;
- placer les colis lourds dans l’axe du véhicule, sous les plus légers ;
- disposer un chargement homogène symétriquement par rapport à l’axe longitudinal ;
- répartir la pression des charges denses et compactes par des traverses, longerons ou berceaux ;
- appuyer le chargement contre le tablier, avec des cales rigides si un vide subsiste.
D’après l’IRU, la charge utile maximale n’est en général utilisable que si le centre de gravité se situe à peu près à mi-longueur de l’espace de chargement.

Pour le calage des palettes, comblez les vides avec des palettes vides posées debout ou des coussins gonflables, jamais plaqués contre des portes ou une surface souple, précise l’IRU. Le choix du porteur, de sa caisse et de sa charge utile, détaillé dans notre guide pour choisir un véhicule utilitaire de transport de marchandises, conditionne ensuite le plan de chargement.
Contrôles sur la route et vérifications en cours de trajet
Lors d’un contrôle routier, l’article R312-19 vise des situations précises : chargement qui déborde, pièces longues mal amarrées, chaînes ou bâches qui sortent du contour ou traînent au sol. Selon le texte reproduit par l’OPPBTP, ces manquements exposent le conducteur à une contravention de troisième classe, et l’immobilisation du véhicule peut être prescrite.
Un chargement mal arrimé se repère vite : sangle détendue, effilochée ou sans étiquette, colis qui a glissé. L’IRU précise que son code, non contraignant, peut aussi servir aux organismes chargés de faire appliquer la loi.
Les moments où resserrer
L’INRS demande de vérifier la tenue de la marchandise et de resserrer sangles ou chaînes :
- après quelques kilomètres ou la première heure de route ;
- après un freinage brusque ou un virage pris trop vite ;
- quand la pluie s’installe ;
- après un dos-d’âne ou un tronçon de mauvaise route ;
- après chaque arrêt logistique, repas ou nuit ;
- après tout chargement ou déchargement intermédiaire.
Photographiez aussi le chargement arrimé au départ : ces clichés montrent son état réel si une discussion survient à la livraison.
Prochaine étape : affichez au quai un plan d’arrimage par type de chargement, passez en revue chaque sangle du parc et réformez dès aujourd’hui celles qui montrent un des défauts listés plus haut.