Entreprise & Logistique

Chute de plain-pied en entrepôt : quais et zones humides

9 min de lecture
Chute de plain-pied en entrepôt : quais et zones humides

Une chute de plain-pied en entrepôt arrive rarement au hasard : elle part là où l’eau, l’huile ou la poussière rencontrent un passage fréquenté. Quai de chargement mouillé, sortie de chambre froide, zone de lavage, allée de préparation : chaque zone se traite par le sol, puis par l’organisation, et s’inscrit au document unique.

Chute de plain-pied : les zones qui glissent dans un entrepôt

L’INRS définit les chutes de plain-pied comme des glissades, des trébuchements, des faux pas et d’autres pertes d’équilibre sur une surface plane, à l’intérieur comme à l’extérieur des locaux (dossier « Chutes de plain-pied », mis à jour le 5 janvier 2022). Le mot s’écrit avec « plain », qui signifie plat : la personne tombe à son propre niveau, ce qui distingue ce risque de la chute de hauteur.

Le poids de ce risque est documenté. Dans sa brochure ED 6458 « Les chutes de plain-pied », parue en juin 2026, l’INRS les présente comme la deuxième cause d’accidents du travail, tout en notant qu’elles passent souvent pour inévitables et bénignes. Ce regard banalisé a un prix : une glissade jugée anodine reçoit rarement l’analyse qui en révélerait la cause.

Sur une plateforme logistique, les points de départ se répètent :

  • le quai de chargement, où la pluie entre à chaque ouverture de porte et où les roues des transpalettes ramènent l’eau de la remorque ;
  • le niveleur de quai, plate-forme articulée entre le quai et le camion, souvent en tôle larmée (tôle à reliefs en forme de gouttes), glissante une fois mouillée ou grasse ;
  • la zone de lavage des bacs, des caisses ou des engins, avec ses projections et ses flaques ;
  • la chambre froide, où la condensation et le givre se forment près des portes ;
  • les allées de préparation, semées de film étirable, de feuillards et de cartons tombés ;
  • les sorties de rayonnage, où les chariots tournent et laissent parfois une trace d’huile ;
  • les escaliers de mezzanine, montés vite et les mains chargées.

Ces zones partagent trois mécanismes. Le premier tient à la souillure : selon l’INRS, le risque de glissade augmente quand le frottement entre la semelle et le sol est faible, et toute souillure réduit ce frottement. Le deuxième tient aux transitions, car le même dossier désigne le passage entre deux sols de glissances très différentes comme une cause d’accident. Le troisième tient au rythme, quand un camion en retard pousse l’équipe à courir sur un quai encore humide.

Traiter le sol : revêtements, plaques, bandes et marquage

Le premier traitement d’un sol glissant reste son nettoyage. L’INRS place un nettoyage fréquent et approprié en tête des actions sur les sols, avec un balisage des zones dangereuses tant que l’intervention n’a pas eu lieu. Dans les zones où le sol reste gras ou humide, l’institut juge nécessaire la pose de revêtements antidérapants : un quai exposé aux intempéries, une zone de lavage ou un sas de chambre froide entrent dans ce cas.

Allée de rayonnages chargés de cartons avec une zone de sol rugueuse au croisement des circulations

Le choix part de trois données relevées sur place : le support (béton du quai, acier du niveleur, caillebotis, c’est-à-dire plancher ajouré, d’une passerelle), la souillure dominante et le trafic, piéton ou d’engins. La norme NF P05-011, citée par l’INRS dans son cadre réglementaire, classe les locaux selon leur résistance à la glissance : demandez la classe du revêtement envisagé et vérifiez qu’elle correspond à l’usage réel de la zone. Le marquage complète le dispositif, avec des allées piétonnes peintes au sol, des bandes jaunes et noires en bord de quai et un contraste franc sur le nez des marches.

Le relevé zone par zone associe ensuite à chaque emplacement le produit antidérapant adapté à son support et à sa souillure. Sud Antidérapant, dont l’offre couvre l’accessibilité des ERP (établissements recevant du public), les revêtements antidérapants, la protection de sol et les peintures industrielles, propose ce que réclament les zones d’un entrepôt : peinture ou vernis antidérapant sur primaire d’accrochage pour le béton du quai, dalles perforées en zone de lavage, plaques composites en GRP (plastique renforcé de fibres de verre) sur une passerelle, bandes sur les marches de mezzanine, barreaux d’échelle, plaques de roulage et de calage pour les engins, sur béton, métal, bois, pierre ou carrelage. Le fournisseur livre ces produits seuls ou les pose, et conseille celui qui convient à la surface et à l’usage, un appui utile quand le quai, la zone de lavage et la mezzanine appellent trois réponses différentes.

Organiser l’exploitation : nettoyage, flux, chaussures, balisage

Le traitement du sol s’appuie ensuite sur une exploitation qui garde les surfaces propres. Le protocole de nettoyage précise qui intervient, avec quel matériel et quand : après un déchargement sous la pluie, après une session de lavage, dès qu’une fuite d’engin est signalée. L’INRS recommande de placer les moyens de nettoyage dans les zones à risque et de faciliter l’accès aux signalisations temporaires, pour que baliser une flaque ne dépende pas d’un aller-retour au local d’entretien.

Deuxième levier, la séparation des flux piétons et engins. L’article R. 4224-3 du Code du travail impose d’aménager les lieux de travail intérieurs et extérieurs pour que piétons et véhicules circulent de manière sûre. Concrètement : allées piétonnes hors de la trajectoire des chariots, traversées repérées en sortie de rayonnage, cheminement réservé entre la cabine du camion et le bureau de quai. Les principes d’implantation décrits dans notre article pour optimiser la chaîne logistique d’une PME aident à poser ce tracé.

Le chauffeur d’un transporteur extérieur découvre souvent le quai. Ses zones de circulation à pied et la conduite à tenir devant une flaque se fixent dans le protocole de sécurité échangé avec chaque transporteur, détaillé dans notre guide sur la sécurité des livraisons et le protocole de chargement.

Préparateur de dos marchant sur des dalles perforées noires près d’une zone de lavage d’entrepôt

Côté équipement, l’INRS rappelle que le port de chaussures antidérapantes ne se substitue pas aux actions de protection collective. La semelle doit résister aux souillures réellement présentes : eau claire au quai, film gras en zone de lavage, humidité froide devant la chambre froide. Les normes NF EN ISO 20345, pour les chaussures de sécurité, et NF EN ISO 13287, pour l’essai de résistance au glissement, servent de repères à l’achat.

Quatre réglages complètent l’organisation :

  • lisser les rendez-vous des transporteurs pour éviter de courir sur le quai, et prévenir les équipes avant la pluie, la neige ou le verglas ;
  • planifier le contrôle de l’éclairage des allées et du quai, que l’INRS relie à l’identification des dangers ;
  • entretenir les dispositifs eux-mêmes : bande décollée, peinture usée, caillebotis colmaté ;
  • montrer les zones concernées dès l’accueil au poste, sur le terrain.

Analyse zone par zone : humidité, huile, poussière, pente, trafic

L’évaluation gagne à être participative : l’INRS observe que les causes de ces accidents sont rarement manifestes et tiennent au contexte des tâches. Parcourez le site avec un cariste, un préparateur et un agent de quai, à plusieurs moments : camions sous la pluie, session de lavage, poste de nuit. Chaque accident ou presque-accident analysé enrichit ensuite la grille.

Le quai, le niveleur et la cour

Facteurs dominants : eau, pente et trafic mixte. La remorque arrive parfois avec un plancher mouillé, et le niveleur forme une rampe dont l’inclinaison change avec la hauteur du camion. Posez trois questions : l’eau stagne-t-elle près des portes, le niveleur reste-t-il sec et dégraissé, le chauffeur et le cariste partagent-ils le même passage ?

La brochure ED 6059 de l’INRS, parue en septembre 2026, rappelle que des choix inopportuns de conception ou de rénovation des quais exposent le personnel de quai et les chauffeurs à des risques graves. Les matériaux pulvérulents, comme le ciment, laissent aussi une poussière fine sur le béton : notre guide du transport de matériaux de construction détaille leurs contraintes de chargement.

La zone de lavage et la chambre froide

Facteurs dominants : humidité permanente, détergents et écart de température. En zones humides, observez les flaques qui persistent après le raclage, la pente vers les siphons et la frontière entre sol mouillé et sol sec. Devant la chambre froide, la condensation et le givre varient avec les ouvertures de porte. Relevez la présence d’un drainage, de dalles perforées ou d’un caillebotis, et d’un balisage à portée de main.

Les allées, les sorties de rayonnage et la mezzanine

Facteurs dominants : poussière, débris d’emballage, huile et trafic d’engins. La fiche ED 6448 de l’INRS (novembre 2021) associe la prévention à des allées en bon état, dégagées et correctement éclairées : notez le film étirable, les feuillards et les cartons tombés, et la fréquence du ramassage. Aux sorties de rayonnage, cherchez les traces d’huile et les angles où piétons et chariots se croisent.

Sur la mezzanine, la fiche ED 6447 (novembre 2021) décrit des escaliers en bon état, bien éclairés, équipés d’une main courante et de nez de marche qui adhèrent. Vérifiez l’usure de chaque marche et la charge portée en montant.

Escalier métallique de mezzanine d’entrepôt avec bandes jaunes et noires au bord des marches

Document unique et audit : ce qui s’écrit, ce qui se vérifie

L’article R. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de transcrire et de mettre à jour dans un document unique les résultats de son évaluation des risques, avec un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail. L’INRS précise que l’évaluation des chutes de plain-pied y trouve sa place pour bâtir un plan d’action propre à l’entreprise. Dans un entrepôt, découpez les unités de travail selon les zones relevées plutôt que selon l’organigramme.

Pour chaque unité, la ligne du document unique gagne à préciser :

  • la zone et l’activité : quai, lavage, froid, préparation, mezzanine ;
  • les facteurs observés, eau, huile, poussière, pente ou trafic ;
  • les accidents et presque-accidents recensés ;
  • les mesures en place, sol traité, protocole de nettoyage, balisage, chaussures ;
  • les actions programmées, chacune avec un responsable et une échéance.

La mise à jour suit l’article R. 4121-2 : au moins chaque année dans les entreprises d’au moins onze salariés, lors de toute décision d’aménagement important et lorsqu’une information supplémentaire intéressant l’évaluation d’un risque est portée à la connaissance de l’employeur. Une porte de quai ajoutée relève du deuxième cas ; une glissade avec arrêt justifie au minimum une relecture de la ligne concernée.

L’audit, lui, vérifie sur le terrain que l’écrit tient :

  • l’état des sols traités : grain usé, peinture écaillée, bande décollée ;
  • les flaques récurrentes et leur origine, gouttière, joint de porte ou fuite d’engin ;
  • le matériel de nettoyage et le balisage temporaire présents dans chaque zone ;
  • le port de chaussures adaptées et l’éclairage des passages ;
  • la réalisation des actions prévues, à la date annoncée.

Saisis sur la tablette déjà utilisée pour la preuve de livraison, les constats restent datés et partagés, dans la logique de notre panorama des outils de digitalisation du transport. Prochaine étape : un parcours du site un jour de pluie, avec un cariste, un préparateur et un agent de quai, pour remplir la grille avant l’hiver et fixer les priorités de la prévention des chutes.